« Donne du poisson à un homme,
il pourra manger un jour.
Apprends-lui à élever des poissons,
Il pourra se nourrir, lui et sa famille,
Pendant toute sa vie. »

Proverbe chinois

 

21 –   La pêche à Passe Reine

 

Début de l’année 1987.

         Je roulais, accompagné de Gabriel vers Passe Reine. Nous étions attendus pour pêcher le bassin piscicole démarré, il y avait plus de six mois. Nous avions prévenu de notre arrivée. Les scouts devaient avoir commencé à vider partiellement le bassin.

         Un léger halo lumineux à l’Est indiquait que le jour allait bientôt se lever. J’étais concentré à scruter la route à la lumière des phares, cherchant à déceler tout obstacle incongru. Pourtant dans ma tête, je ne pouvais m’empêcher de penser aux deux jours passés à Pestel avec les autres volontaires pour fêter la Nouvelle Année. Même si la piste avait été très difficile pour atteindre ce petit port de pêche sur la côte sud, le déplacement en valait la peine. Je me remémorais les temps forts : visite des petites criques à bord du voilier, plongées pour admirer les coraux, dégustations de langoustes et autres fruits de mer…. Le bal de la Saint Sylvestre au village… Nous avions même sonné la cloche du village à minuit… Je fus sorti de mes rêveries par une question de Gabriel qui semblait pourtant somnoler depuis un moment.

         –   Tu connais bien Passe Reine ?

         – Oui. Répondis-je après quelques instants de réflexion. C’est un lieu que j’ai fini par bien connaître ! J’effectue régulièrement le suivi du projet de ce groupe scout depuis le début. Le groupe d’agriculteurs à la tête du Comité de projet reste un peu sceptique sur la réussite du projet, aussi je m’arrête à chaque fois que je peux pour leur apporter encouragements et conseils. Cela est d’autant plus facile qu’il se trouve sur la route du Cap. En plus je me suis fait des amis avec des coopérants d’une ONG française qui n’habitent pas très loin. Ils ont accepté de suivre pour moi, le projet du groupe. C’est lui qui m’a fait prévenir qu’ils étaient prêts et nous attendaient impatiemment pour pêcher le bassin.

         – Et comment a commencé le projet ?

         – D’abord, le chef de ce groupe scout est venu nous rendre visite à Gros-Morne pendant que nous creusions le bassin de poissons avec les scouts. Il avait eu l’information par Rony, le Commissaire départemental de l’Artibonite, basé à Gonaïves et à qui j’avais rendu visite. Il semblait très motivé pour démarrer un tel projet avec ses scouts. Comme il n’avait aucune possibilité de prendre une camionnette pour rentrer sur Gonaïves l’après-midi, j’ai accepté de le ramener ce même jour en apportant avec moi le montage diapositif sur l’élevage de Tilapia. J’ai rencontré en début de soirée les responsables de la communauté villageoise et j’ai commencé à leur expliquer les avantages du projet. Pendant ce temps, le chef scout a été efficace car deux heures après, tout le village était prévenu et la projection du montage pouvait avoir lieu dans l’église Méthodiste qui se trouvait en bordure de la route nationale vers le Cap. Ce soir-là, il y avait plus d’une centaine de personnes. Je suis arrivé à présenter en créole et j’ai dû répondre à de nombreuses questions.

         – Et ils ont été convaincus ?

         – Oui. Quand je suis passé les voir en rentrant du camp-chantier de Gros-Morne, ils avaient trouvé un terrain. Ils avaient bien écouté, car toutes les conditions étaient réunies : alimentation en eau, teneur en argile, … J’ai donc effectué le jour même le piquetage et j’ai même pris l’initiative de leur laisser les outils que j’avais dans le coffre et que m’avais prêté le coopérant de la FAO. J’ai dû également demander à mon ami coopérant de leur trouver deux morceaux de tube de PVC pour l’alimentation et l’évacuation du bassin.

         – Est-ce que c’est un grand bassin ?

         – Il fait 200m² , c’est un rectangle de 10 m par 20. Le président du comité de groupe voulait un bassin plus grand compte tenu du terrain. Je lui ai expliqué qu’il fallait garder suffisamment de place pour les digues. J’ai insisté pour qu’elles ne soient pas trop abruptes mais suffisamment pentues comme les pentes d’un toit. Le terrain semblait naturellement riche en limons et il risquait de s’affaisser lors de fortes pluies.

         Gabriel acquiesça,  mais finit par me demander ce que c’était : « les limons ». Je dus trouver les termes clairs pour expliquer que la classification de la nature du soL se faisait suivant la taille des particules. Je fis une analogie avec les éboulements et glissements que l’on pouvait observer dans les ravines de Bois Boni. Pour Passe Reine, j’en avais eu la confirmation en observant les éboulements récents au niveau de la piste qui accédait au village.

         – Et il y a longtemps qu’il est fini d’être creusé le bassin ? Demanda Gabriel.

         – Ça tu peux le dire ! Les scouts étaient très motivés. Ils ont creusé le bassin en une semaine, les paysans de leur comité n’en sont pas revenus. Quand je suis passé récupérer les outils, une dizaine de jours plus tard, le bassin était déjà en eau. J’avais espéré qu’il ne l’ait pas mis en eau trop vite, mais bon c’était fait ! Les digues semblaient bien tenir ; l’eau était encore claire. Et tu sais ce que m’a demandé le président de leur comité ?

         – Non !

         -Tu ne nous as pas apporté les petits poissons, agro ?

         – Non, non, vous avez bien travaillé, leur ai-je répondu, mais votre bassin n’est pas prêt à les recevoir !

Le président du comité qui m’avait posé la question ne sembla pas bien comprendre. Il me montrait toujours le bassin.

         – Et pourquoi ça, Agro ?

         – Parce que les poissons n’auront pas de nourriture.

         – Et il faut leur donner quoi ?

Gabriel qui connaissait bien le fonctionnement des bassins se mit à rire quand j’imitais les intonations de voix du paysan.

         -J’ai pensé que cela ne servirait à rien de me lancer dans des explications compliquées sur le phytoplancton aussi j’ai essayé de faire la comparaison avec la fertilisation du sol. Je leur ai dit que c’était comme quand ils voulaient réussir du manioc, ils apportaient du compost sur le sol. Je leur ai demandé de faire la même chose pour le bassin : mettre du compost dans un coin du bassin que l’on va maintenir par un treillis de morceaux de bois et qui pourra être confectionné par les scouts.

         – Je parie qu’ils n’ont pas compris ce que tu voulais dire par : « compost » ? dit Gabriel .

         – Tu as raison, j’ai dû lui expliquer et leur dire que la meilleure façon de le préparer était d’alterner, dans un vieux « drum » une couche de déjections d’animaux (chèvres, poules,…) avec une couche de paille ou d’herbe. Je lui ai dit de demander aux scouts d’y apporter également les détritus de légumes et autres déchets organiques, mangues pourries. …Puis ils devaient placer le contenu dans le coin aménagé à cet effet du bassin. Ainsi ils verraient au bout de 2 ou 3 semaines la couleur de l’eau du bassin devenir verte. C’est alors seulement, que leur bassin sera prêt à recevoir les petits poissons et qu’ils pourraient demander au coopérant Bernard de me prévenir.

         – Et cela s’est bien passé !

         – Oui. Bernard, l’ami coopérant est venu me prévenir à Port-au-Prince, que cela semblait bon mais qu’il leur avait dit aussi que les scouts devaient continuer en permanence à confectionner du compost. Ils devaient en apporter une fois par semaine dans le coin du bassin aménagé pour cela, ainsi que les déchets organiques.

         Je suis donc venu au cours de la même semaine avec John, l’expert de la FAO. Il avait aménagé dans son pick-up un petit bassin en polystyrène fermé avec un système d’oxygénation de l’eau pour permettre le transport des alevins dans de bonnes conditions. Les scouts et les paysans ont été surpris parce que l’on ne mettait pas beaucoup de petits poissons dans le bassin. Mais nous leur avons dit qu’ils deviendraient vite gros si les scouts continuaient à bien apporter du compost. Nous leur avons demandé également qu’ils entretiennent le bassin de temps en temps : la profondeur de l’eau devait être surveillée et toutes les herbes qui poussaient dans et autour du bassin devaient être coupées régulièrement car elles pourraient abriter des larves de moustiques et autres mollusques apportant des maladies aux poissons. Je pense qu’ils ont écouté nos explications mais sais-tu qu’elles étaient leur principale préoccupation ?

         – Non !

         – Quand est-ce que l’on viendra les aider à pêcher les poissons ? Et quand nous avons dit que cela ne serait pas avant six mois, ils étaient déçus !

         – Aussi, je comprends pourquoi nous sommes très attendus ! Dit Gabriel en conclusion de ces explications.

         Le voyage se fit sans encombre. Je me dirigeai directement à la maison de Bernard, le coopérant de Passe Reine. Celui-ci terminait juste son petit-déjeuner en famille et nous proposa un café qui ne fut pas refusé. Il restait étonné que ce projet marche si bien. L’enthousiasme et la détermination des scouts y étaient certainement pour quelque chose.

         – As-tu reçu mon message dans lequel je demandais qu’ils préparent un drum rempli d’eau pour garder les petits alevins ? Demandai-je.

         – Oui, ils l’ont eu et hier après-midi : ils étaient prêts. Ils ont prévu de vider une partie du bassin ce matin.

         – J’espère qu’ils ne vont pas trop abîmer la digue ! Mais de toute façon ils n’ont de la pente que pour juste vider la moitié du bassin.

         – Nous ferions mieux de nous dépêcher si tu ne veux pas qu’ils commencent sans nous ! Me dit Gabriel

         – Tu as raison Gabriel, nous y allons tout de suite. Merci pour le café.

         – Je passerai vous voir dans la matinée, dit Bernard, je pense que cela vaut le coup d’œil.

         En montant le bout de piste à flanc de coteau qui permettait de rejoindre le village, nous apercevions un petit filet d’eau qui ruisselait à travers la piste. Un gamin avait surveillé l’arrivée de la voiture et il se dépêcha de gravir le morne pour prévenir le village de notre arrivée. Nous commencions à entendre les cris d’excitation. J’arrêtais la Lada au bout de la piste – qui n’allait pas plus loin – . Une délégation de scouts et leur chef nous attendaient. Après avoir effectué les salutations d’usage, Gabriel et moi, nous enfilions un short. Nous sortions le filet du coffre de la voiture ainsi que deux épuisettes. Tout le monde traversait les champs et nous arrivions au bassin où une grande partie de la population s’était amassée sur les digues.

         Le président du comité du village entouré de ses conseillers vint à notre rencontre. Je le félicitai pour la bonne conduite des opérations. Celui-ci voulait savoir maintenant si l’Agro avait raison et que la récolte serait bonne. Je lui exposai, ainsi qu’au responsable du groupe scout, comment nous allions procéder. Le responsable scout donna immédiatement les instructions et pendant ce temps-là, je dépliai le filet avec Gabriel. Celui-ci était muni de plombs à la partie inférieure et de flotteurs à la partie supérieure. Les scouts avaient déjà préparé des paniers en osiers.

         Nous descendîmes dans le bassin du côté le moins profond. Le niveau avait effectivement baissé de moitié. Je demandai à Gabriel de se placer, comme moi, à une extrémité et je fis signe à une dizaine de scouts de nous rejoindre pour maintenir le filet. Je précisai qu’il fallait bien maintenir le bas du filet dans le fond de l’eau avec les pieds pour éviter que les poissons ne passent. Une douzaine d’autres scouts se tenaient prêts à attraper les poissons. Deux d’entre eux avaient nos épuisettes. Ils commencèrent à avancer doucement. Au bout de quelques mètres, les scouts qui tenaient le filet poussaient des cris d’étonnement en sentant les poissons qui se heurtaient contre le filet et tapaient contre leurs jambes. Gabriel rit et leur dit qu’ils ne devaient rien craindre, les poissons ne les mangeraient pas. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, les poissons frétillaient de plus en plus à la surface de l’eau à la grande joie des spectateurs. Les scouts commençaient à attraper les poissons comme ils le pouvaient et les passer aux autres, pour les placer dans les paniers.

         Soudain une femme poussa un cri strident en reculant d’un seul coup. Les voisines, elles aussi effrayées par la même chose, en firent autant, créant un vent de panique sur un côté du bassin.

Un gros batracien avait sauté sur le bord de la digue. Il était gros, quatre à cinq fois de plus que ceux que je pouvais observer en France.

         Puis après le silence lié à la surprise, il y eut un immense un éclat rire de tous les autres spectateurs qui se moquèrent de la femme. Un scout alla attraper le crapaud et il le jeta hors du bassin, ce qui déclencha une nouvelle vague de panique et de nouveaux éclats de rire. La récolte du bassin était un vrai spectacle et tout ce que le village pouvait compter d’âmes devait être certainement sur le bord du bassin. Après un premier passage, je demandai d’en effectuer un deuxième en prenant bien le soin de récupérer les petits alevins. Je ne voulais pas qu’il en reste de trop pour éviter une nouvel empoissonnement trop important. La récolte se présentait bien. J’estimai que cela représentait entre cent à deux cents kilos de Tilapia Nilotica. Les poissons étaient de bonne taille, jusqu’à 26cm de longueur et pesait chacun près d’une livre.

         Pendant que nous effectuions un dernier passage, le Comité avait déjà organisé la vente ou la distribution de poissons. Je devinais que les choses avaient du être décidées par avance, sûrement suite à de longues discussions, mais cela se passait dans une bonne ambiance. Les scouts semblaient être très contents de leur récolte. Je remontais du bassin avec Gabriel et j’allais ranger le matériel pendant que la distribution se poursuivait. J’en profitais pour faire quelques photos avant que tout le produit de la pêche soit distribué. Le président du Comité fit ensuite un petit discours, « kozé » comme ils disent, pour remercier l’Agro pour son soutien et féliciter les scouts pour avoir bien mené le projet. Il dit, en plaisantant, qu’il n’y avait pas beaucoup cru à une telle récolte car l’Agro n’avait pas apporté beaucoup de petites poissons mais maintenant il comprenait pourquoi.

         Je fis également mon petit discours de remerciement et de félicitations. Les photos du projet seront montrées aux autres groupes scouts partout dans le pays et j’ajoutais qu’ils seraient certainement très jaloux de leur succès. Cela souleva les applaudissements des scouts qui se mirent immédiatement à chanter et à danser en faisant une farandole. J’attendis que tout soit fini pour redonner les instructions au président du Comité pour le nouvel alevinage du bassin en expliquant qu’il ne fallait mettre de nouveau que le même nombre de petits poissons. Le président acquiesça et dit qu’il garderait les autres car il avait l’intention lui aussi de creuser son propre bassin. Le responsable scout me dit également qu’un autre groupe scout du district voulait aussi faire son bassin…. Je compris qu’il faudrait que je revienne souvent… Mais c’est certainement l’expert de la FAO qui allait être content. Avant de les quitter, je les invitais à venir examiner le bassin et je leur montrais qu’il fallait en profiter pour consolider les digues et de ne remplir le bassin que progressivement pour éviter tout affaissement des bords. Cela laisserait le temps également au bassin de prendre sa belle couleur verte.

         – Cela fait de la bonne nourriture pour les poissons ! Dit le président du Comité qui semblait vraiment bien avoir compris le fonctionnement d’un bassin de pisciculture.

         Bernard, le coopérant, qui avait assisté à fin de la pêche vient également à notre rencontre quand nous regagnions la Lada.

         – Ecoute, les scouts ont vraiment fait du bon boulot, ils réussissent mieux que moi tout seul avec les paysans !

         – Oui, mais tu les as aidés également et je t’en remercie.

         – Au fait, il faudrait que tu passes à Ennery, le groupe scout a des soucis avec leur élevage lapin.

         – OK, Nous y allons tout de suite.

         Nous reprîmes la route nationale qui sillonnait dans la vallée et je tournais à droite à un croisement pour pénétrer dans le village d’Ennery. J’allais d’abord saluer la Soeur, membre d’une congrégation et qui soutenait les groupes scouts locaux, puis je rendis visite au responsable du district pour annoncer notre passage et le but de notre visite. J’en profitai pour faire un compte-rendu de la pêche du bassin à Passe-Reine et je félicitai le responsable du district pour le dynamisme de ses groupes dans le domaine du développement communautaire.

         C’est ainsi qu’entouré de toute une petite délégation de curieux, il nous guida jusqu’à la maison d’un des responsables où se trouvait installé l’élevage de lapins. Le responsable nous expliqua que la mère lapine avait tué ses petits après quelques jours. Je laissais Gabriel discuter avec les scouts et poser les questions. Je réfléchissais au problème. Mes soupçons s’éveillèrent quand Gabriel fit l’inspection des clapiers et montra de la négligence au niveau de la propreté et de l’approvisionnement en eau. Je demandais qui s’occupait chaque jour de cet élevage. Ils me répondirent que c’était une patrouille de scouts. Je posais la question – dont j’étais un peu sûr de la réponse – si cela était bien fait régulièrement. Ils me répondirent d’un oui qui pour moi voulait en dire long : «  ne pas décevoir l’ Agro ».

         Pour éviter de les accuser, je proposais au responsable scout de confier maintenant à une patrouille de filles les soins à effectuer à cet élevage de lapins et de veiller à ce qu’elles le fassent toujours à la même heure de la journée. Le responsable de l’unité avait suivi la formation à Jacmel et pouvait donc les former rapidement à ce travail. Le responsable me répondit que c’était une bonne idée et qu’il confierait une autre mission à la patrouille des garçons comme la récolte du fourrage pour les lapins. Tout le monde se sépara content et je demandai de me tenir au courant si cet élevage recommençait à avoir des problèmes.

         Sur la route du retour, Gabriel posa la question qui lui trottait dans la tête depuis un moment et qu’il avait pris soin de ne pas poser pendant la discussion.

         – Pourquoi, as-tu fait ce changement ? Tu penses que cela va résoudre le problème ?

         – Oui je le pense, et c’est grâce à tes observations. Tu as fait des remarques sur l’hygiène du clapier et j’ai compris que malgré, ce qu’ils disaient, les scouts n’apportaient pas un soin régulier aux lapins. C’est certainement pour ça que la mère a tué ses petits car elle ne pensait pas pouvoir les allaiter correctement à cause de la nourriture irrégulière et du manque d’eau. Je pense que les filles, qui doivent aider leur mère chaque jour dans les différentes tâches ménagères et s’occuper souvent des leurs petits frères ou leurs petites soeurs sauront mieux apporter les soins et être plus régulières. La mère lapine reprendra confiance pour élever sa prochaine portée.

         – Je comprends maintenant, répondit Gabriel et j’apprécie ta ruse pour ne pas avoir démotivé le groupe scout sur ce projet.

         – Je crois, poursuivis-je, que si notre diagnostic se révèle vrai, nous devrions orienter les projets d’élevage lapin pour les groupes de filles. Nous aurons certainement plus de chance de réussite.

            Pendant la route de retour, je poursuivais la discussion avec Gabriel sur tous les aménagements à réaliser pour le camp national. Le Conseil National des Scouts d’Haïti venait de décider que Bois Boni en serait certainement le meilleur endroit, et que surtout, cela serait une bonne occasion d’en faire la promotion. Nous devions planifier les autres aménagements dès que la construction de la maison du volontaire serait terminée.

         J’étais assez impatient. J’avais hâte d’y habiter rapidement. Je demandais également à Gabriel, s’il était content de sa situation. Celui-ci me fit part de sa satisfaction, le revenu que lui dégageait le poulailler était pour lui confortable et lui laissait le temps de faire d’autre chose. La production de poulets fonctionnait bien. Le président de la Coopérative nous avait fait part que c’était l’un des plus performants. Gabriel était très fier, Bois Boni était vraiment une ferme modèle !