« La confiance est un élément majeur.
Sans elle, aucun projet n’aboutit. »

Eric Tabarly

 

19 –   Séminaire sur le DC

Septembre 1986

         René, Commissaire National à la Formation des Scouts de France arriva en Haïti fin août. Il était en mission pour l’Unesco en soutien auprès de l’IPN. Il souhaita me rencontrer pour prendre des nouvelles du projet. Il voulait que je fasse le point sur ma première année de volontaire pour pouvoir rencontrer ensuite le délégué régional de l’AFVP.

         Je repris donc le document initial du projet avec l’ensemble de mes rapports mensuels et j’entrepris d’en établir une synthèse. Je pouvais classer mes actions écoulées dans trois grandes lignes d’activités : les projets de développement communautaire (DC) et leur financement, la permanence que j’assurais en tant qu’exécutif et tout le volet formation. Le domaine de la formation comprenait aussi bien le scoutisme que le développement communautaire, sans oublier bien sûr les débuts modestes de la ferme école.

         Dans la perspective du projet à moyen terme, je pensais qu’il était important d’impliquer davantage l’association à mon action aussi bien au niveau des bénévoles que des permanents. Le recrutement de Gabriel sur Bois Boni et son autofinancement était un début que je devais poursuivre pour prouver que cette autonomie de la ferme école était possible. Je mentionnais également l’ensemble de la production de documents que j’avais effectué dans le DC aussi bien dans la rédaction de projets, que d’articles.

         En ce début de mois, je prenais le rythme de passer la matinée au Bureau des Scouts d’Haïti, souvent tôt le matin, pour le travail de rédaction concernant les projets, le rapport demandé par René, les orientations pour l’Assemblée générale et la préparation du séminaire sur le développement communautaire. Les après-midis et les soirées étaient réservés au suivi des travaux à Bois Boni et aux différents approvisionnements.

         Mais pendant une semaine, cet agenda fut bousculé par l’arrivée à Port-au-Prince de l’aumônier national scout, un père canadien vivant au Cap-Haïtien. Il m’avait demandé de le véhiculer pour proposer aux marchands de fournitures scolaires et aux écoles maternelles, des cartables fabriqués artisanalement par les Scouts du Cap-Haïtien. Cette expérience d’artisanat semblait intéressante car les produits étaient bien faits. Il avait cependant deux gros défauts : l’absence d’une commercialisation compétente et une gestion plutôt sommaire. Cet artisanat, qui venait juste de commencer, tournait avec les aides qu’il avait reçues et l’aumônier ne savait pas si les artisans scouts gagnaient ou perdaient de l’argent sur leurs produits.

         J’avais retrouvé René un lundi soir à l’aéroport. Je ne l’avais pas revu depuis son arrivée. Il me proposa de passer le samedi à Ibbo beach. J’acceptais son invitation et je proposais bien sûr de l’emmener dans la Lada. Pendant le trajet, je pus ainsi lui retracer les grandes lignes de cette première année de volontaire. Il me dit qu’il avait déjeuné avec le président des scouts d’Haïti – ce qui avait dû être assez facile car il était le Directeur de l’ IPN – qui lui avait fait beaucoup d’éloges sur mon travail. Je lui posais la question qui me trottait dans la tête sur son changement de comportement après la visite de Bois Boni.

         – Tu n’as pas compris, me dit-il en riant, tu es un peu naïf !

La remarque me vexa un peu. Mais je voulais comprendre.

         – Explique toi, lui demandai-je.

         – Bon, tu as sans doute compris qu’il y avait un peu de méfiance dans ta venue mais il faut comprendre le contexte du pays et de celui de bien des projets de coopération. Et alors tu comprendras mieux l’attitude du président …

         René poursuivit en m’expliquant en long et en large tous les travers de la coopération, soit officielle ou d’ONG, qu’il connaissait – ou avait entendu parler – avec souvent comme résultat : des projets non-terminés, des financements détournés alors que les projets étaient initialement bien bâtis. En l’écoutant, je me remémorais les attitudes successives du président et je compris ainsi les craintes qu’il avait pu avoir à mon égard.

         La visite de Bois Boni où j’avais pu prouver dans le détail que tout ce que j’avais dit et écrit dans mes rapports était vrai, avait changé le regard du président. Il avait même souri quand je lui avais expliqué que je n’avais pas pu réaliser la peinture du bâtiment comme prévu car sinon je serais sorti du financement décidé, cela étant dû à l’augmentation rapide des matériaux ces derniers mois.

         – Je peux te dire que tu as maintenant la grande chance d’avoir la confiance totale du président des Scouts d’Haïti et tu pourras obtenir de lui maintenant ce que tu veux. Il a compris que tu étais quelqu’un de valeur, fidèle à l’esprit du scoutisme.

         Le compliment me fit plaisir. Je comprenais également les craintes du président. En effet j’avais souvent moi-même observé des bâtiments que ce soit pour des écoles, dispensaires où des pancartes mentionnaient le nom des projets. Ils étaient juste commencés, laissés tels que, jamais finis, voire laissés à l’abandon. Arrivés à Ibbo Beach, nous primes la navette qui nous conduisit à l’île. La journée fut bien agréable et j’appréciais la compagnie de René qui me donna des nouvelles du pays et de la vie de l’association des Scouts de France.

         La réunion de bureau des Scouts d’Haïti qui suivit et à laquelle j’étais convié fut plus détendue. Le président avait également convié René pour qu’il donne son avis sur l’action du volontaire. Lorsqu’il prit la parole, il se lança dans une grande tirade dont il était fervent et conclut ainsi :

«     – ….Dans le souci de respecter la dynamique d’une organisation qui fonctionne bien et sans trop chercher à nous y intégrer, la mission et le rôle du volontaire doivent se limiter essentiellement dans trois domaines :

1) Assurer le lien avec les autres associations scoutes et les Organisations non gouvernementales (ONG) permettant ainsi de rompre avec l’isolement ;

2) Faire bénéficier à l’association de son expérience et de sa formation ;

3) S’intégrer dans l’équipe de formation.

 

         J’étais satisfait. Cela reprenait bien les grandes lignes du rapport que j’avais ébauché. Mais il ne parlait pas de Bois Boni. Peut-être qu’il n’y croyait pas beaucoup ? Pourtant Il avait participé à l’élaboration du projet initial qui avait permis l’envoi du volontaire. Pendant que j’étais plongé dans mes pensées, le président raconta sa visite à Bois Boni avec beaucoup d’humour en m’adressant à plusieurs reprises des compliments. Il invita d’ailleurs René à en effectuer la visite pour mieux comprendre ce qui pouvait être réalisé avec des moyens financiers raisonnables et non démesurés comme le projet initial ! Lorsqu’il fit cette remarque, il tourna son regard vers moi et me fit un clin d’œil, signe d’une complicité qui démarrait sur un projet où il devenait enthousiaste.

         Le président me demanda ensuite si j‘avais des remarques. Je remerciai René pour son intervention et dit qu’il m’était difficile d’ajouter quelque chose après un orateur aussi talentueux surtout dans l’art et la manière avec lesquels cela avait été présenté. Mais j’ajoutais que je pensais qu’il avait dit quelque chose d’important en précisant que notre appui devait s’intégrer totalement aux orientations de l’association.

         – Pouvez-vous préciser votre pensée ? me demanda le président.

         – Mes actions telles qu’elles ont été définies ont été prises progressivement mais elles ne faisaient pas auparavant partie d’une politique précise de l’association. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il me semble important que l’association adopte des orientations par elle-même. Elle devrait définir les grandes lignes d’action du développement communautaire à partir desquelles l’action de volontaire viendra bien en appui par ses moyens humain, technique et financier. Cela donnera plus   de crédibilité en interne et externe à l’association.

         – C’est ce que nous faisons chez les Scouts de France… ! S’empressa d’ajouter René.

Il repartit dans une tirade sur les orientations qui étaient préparées par l’équipe nationale et soumis au vote de l’AG.

         – Je suis d’accord avec vous ! Précisa le président. Et comment comptez-vous que l’on s’y prenne ?

         – Si vous le permettez, Président ! Dis-je, en levant la main comme un écolier, j’ai préparé une ébauche sur les orientations dans le domaine du Développement Communautaire. Puis–je les distribuer ?

         – Bien sûr !

         – Je vous laisse les découvrir et en discuter entre vous.

         – Oui, je pense que nous devrions programmer une réunion sur ce sujet. René, je serais heureux si vous pouviez également vous joindre à nous, votre savoir-faire chez les Scouts de France nous sera bien utile.

         – Avec plaisir, répondit René.

         – Si vous n’y voyiez pas d’inconvénient Président, je pourrais soumettre votre travail de synthèse lors d’un atelier de travail de notre séminaire sur le DC et demander aux participants de préparer des recommandations à soumettre au vote lors de la prochaine Assemblée Générale – si vous l’acceptez.

         – C’est une bonne idée, répondit le président, cela permettra d’avoir un débat riche lors de cette assemblée. Maxeau vous ferez passer un document à Bernard dès que la rédaction sera finalisée après notre prochaine réunion.

         – D’autres points à l’ordre du jour ? Rajouta-t-il en s’adressant toujours à Maxeau.

         Celui-ci répondit que non et le Président leva alors la séance. En quittant la pièce Gérard-Marie m’annonça que le secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports risquait de venir prendre le frais, pour l’inauguration de notre séminaire, dans ce petit coin de désert !

         J’étais un peu angoissé en ce jour du 23 septembre qui marquait le début du séminaire. Je me rendis directement à la Librairie échanger la Lada contre le pick-up de Gérard-Marie qui devait me permettre de transporter un plus grand nombre de participants depuis le Bureau National – qui avait été fixé comme lieu de rendez-vous – jusqu’à Bois Boni. Je dus faire la navette plusieurs fois dans la journée. Au fur et à mesure que je débarquais les participants, je leur donnais deux consignes : monter leur tente, que je mettais à leur disposition et confectionner un panneau de présentation de leur projet de DC de leur district pour l’accrocher sur le grillage du poulailler. Celui-ci avait été nettoyé et aménagé en lieu de travail avec tables sur tréteaux sur lesquelles nous avions disposé toutes les fournitures leur permettant de travailler correctement.

         Les deux routiers se firent une joie d’aider les participants à monter leur tente et à pallier à tous les petits problèmes dus à des tentes qui n’avaient pas servi depuis longtemps. Je savais que pour de nombreux participants, dormir sous tente était une première ! Ils n’en disposaient pas dans leur district ou groupe scout. La motivation de la journée était l’inauguration normalement de cette exposition en fin de soirée par le Secrétaire d’Etat de la Jeunesse et des Sports du gouvernement, mais je n’y croyais qu’à moitié. Mon appréhension devait se vérifier car, lors de mon dernier ramassage, Gérard-Marie me fit dire qu’effectivement il ne viendrait pas. Je le priais donc de venir le remplacer pour cette inauguration et l’ouverture du séminaire. Il ne refusa pas d’autant plus qu’il était candidat comme chef scout lors de l’Assemblée générale et c’était pour lui une occasion de faire campagne. Maxeau l’avait prévenu que l’un des responsables des districts scouts de Port-Au-Prince s’était aussi porté candidat comme Chef Scout ainsi que d’autres aux autres postes clés de l’association.

         L’atelier se déroula sans problème. J’avais demandé à Roland, responsable du district de Gonaïves d’être le chef de camp. Il assuma son rôle à la perfection, assurant les différents rites du camp, ce que je n’aurais certainement pas su faire aussi bien. Maxeau vint me donner un coup de main pour animer les différents ateliers. J’animais celui qui était sur la méthode du projet de développement communautaire. Je voulais leur faire comprendre que pour réussir leur projet avec les communautés et les scouts, ils devaient procéder par étapes comme pour un projet scout. Je leur présentais la méthode en donnant de nombreux exemples tirés à la fois de projets visités, de ceux qu’ils avaient présentés et de leur expérience scoute. J’insistais, à la fin de la présentation à ce qu’ils s’attachent d’abord à réaliser des petits projets qui auront plus de chance de réussir que de chercher à établir des projets importants dont la réussite pour l’obtention de financement était aléatoire et qui entraînait le découragement. Je leur citais en conclusion le texte de l’orientation correspondante qui serait soumise au vote à l’Assemblée générale et je les invitais à en discuter.

         Le dernier atelier que j’animais portait sur le financement des projets. C’est là que j’appréhendais le mieux nos différences culturelles. Ils attendaient de moi que je leur donne des solutions pour obtenir facilement des financements pour leurs projets, alors que je voulais leur apprendre à faire la distinction entre financement et compte d’exploitation. Je pris l’exemple du poulailler de Bois Boni en montrant comment il avait été financé et que le produit de la vente des poulets n’était pas le bénéfice. L’argent collecté des ventes servait en grande partie à financer une nouvelle production. Malgré mes explications, leurs remarques et leurs questions montraient qu’ils n’étaient pas familiers avec ces notions comptables et budgétaires. Elles demandaient à se projeter dans l’avenir alors qu’ils se basaient sur une gestion au jour au jour, avec ce qu’ils avaient en poche, après avoir prêté ou remboursé de l’argent, ce qui compromettait sérieusement ce type d’élevage où les mouvements d’argent étaient importants.

         Pendant l’évaluation qui précéda la clôture de notre séminaire, l’un des participants me demanda pour combien de temps, je travaillerais pour les Scouts d’Haïti. Je ne devais pas leur cacher la vérité : il ne me restait plus qu’une année à effectuer. Je leur expliquais donc que j’avais quitté mon travail et ma famille pour deux années et que j’avais promis à mes parents de rentrer au bout des deux ans. Mais il me restait une bonne année à faire avec eux et qu’après, les Scouts d’Haïti pourraient demander à un autre volontaire français de venir me succéder. Je concluais ainsi le séminaire juste avant une veillée qui fut très détendue et conviviale.

         Le lendemain c’était l’Assemblée Générale. Je n’oublierai jamais cette fin de séminaire. En effet, lors de la prière, qui termina cette veillée scoute, je fus très touché quand l’un des participants demanda à Dieu de remercier mes parents de m’avoir laissé venir en Haïti pour les aider pour deux années. C’était encore une leçon que j’apprenais de ce pays : les Haïtiens ont l’esprit « très famille », il suffisait pour moi d’ailleurs de voir comment ils s’occupaient de leurs parents, souvent très âgés.

         En ce matin du dimanche 28 septembre, Gérard-Marie vint en renfort pour assurer le transport des participants jusqu’aux locaux de l’IPN. Les plus courageux commencèrent le trajet à pied, ce qui fit gagner du temps et à 10 heures tout le monde était arrivé à destination. Les participants au séminaire constituaient la majorité des présents, un petit groupe d’adultes en grande tenue s’était placé dans un coin de la salle. Denisa vient m’expliquer qu’ils venaient de certains districts de Port-au-Prince et qu’ils voulaient prendre le pouvoir au sein de l’association.

         Effectivement, dès qu’ils purent intervenir, leur « chef » – qui se présentait effectivement à la fonction de chef scout – se lança dans un grand monologue sur les dérives actuelles de l’association qui s’éloignaient des traditions des Scouts d’Haïti et de l’esprit de Baden-Powell. Ces coéquipiers applaudirent à la fin de son discours, mais une rumeur de protestation monta de la salle. Roland se leva et demanda au Président la parole. Il s’adressa à ce petit groupe avec des mots simples apportant son témoignage de responsable de district et responsable du centre d’alphabétisation pour « restaveks » de Gonaïves et concluant que si Baden-Powell existait encore, il serait certainement fier de l’action des scouts d’Haïti auprès de tous les jeunes du pays et en particulier au service des plus démunis. À peine son discours terminé, tous les participants du séminaire se levèrent pour lui faire une ovation. Le président invita l’assemblée à se calmer et à reprendre ses travaux. L’assemblée se déroula normalement, le petit groupe de représentants scouts de Port-au–Prince se tenant tranquille dans leur coin, frustrés par la cohésion de la majorité de l’Assemblée.

         Dans les motions présentées au vote des membres, René en avait rédigé une avec le président, qui complétait les orientations adoptées dans le domaine du développement communautaire et qui concernait l’action du volontaire. Dans cette motion, l’association remerciait les Scouts de France et le volontaire pour leur soutien, en ajoutant un clin d’œil sur ma bonne maîtrise de la langue créole. Elle demandait également que le travail réalisé se poursuive dans d’aussi bonnes conditions pendant la seconde année de mon contrat et elle invitait les Scouts de France à la mise en place de mon successeur dès juillet 1987 afin de poursuivre l’appui technique aux projets de développement communautaire et aux Scouts d’Haïti. La motion fut adoptée à l’unanimité sous les applaudissements des membres présents qui se levèrent même pour montrer leur adhésion à celle-ci.

         C’était une victoire pour le VP Scout montrant la satisfaction du travail accompli et l’impression que l’année qui arrivait allait se passer très vite tant la mission s’avérait passionnante.

         Pourtant je me posais encore des questions : étais-je vraiment à ma place ? Est-ce que je tiendrais ma promesse de rentrer à la fin de la deuxième année ?

         Les dés étaient de nouveau lancés car René partait avec la mission de recruter un nouveau volontaire pour septembre prochain …..et s’il n’y arrivait pas ?

         La fin de l’Assemblée se fit de bonne humeur. Je dus faire de nouveau de nombreuses navettes pour permettre aux participants de province de prendre leur bus après qu’ils eurent récupéré le remboursement de leurs trajets auprès de Maxeau qui avait installé une table et faisait signer des reçus en bonne et due forme. En fin d’après-midi, il ne restait plus que quelques membres du bureau qui discutaient entre eux.    J’allais les féliciter pour leur élection. Ils me dirent que j’avais ma part de responsabilité en ayant permis à tous ses responsables de Province d’être présents à cette Assemblée et que cela resterait dans les annales de l’association. Gérard-Marie riait encore de la déconvenue des responsables de Port-au-Prince qui avaient essayé de prendre le pouvoir.

         – Tu sais Bernard – ou tu ne sais peut-être pas –   que de son vivant Baden-Powell, Fondateur du mouvement scout avait trouvé aussi des détracteurs parmi les proches qu’il avait appelés dans les rangs du mouvement. Il n’était pas étonnant que la réussite actuelle du scoutisme haïtien puisse déplaire à certains qui avaient la nostalgie d’un scoutisme d’antan, d’un scoutisme de papa. Tant pis ! Le scoutisme haïtien continuera de s’adapter et son bonhomme de chemin vers l’an 2000 pour un scoutisme plus adapté aux besoins du pays et de sa jeunesse.

         Le soir même, René m’invita à dîner dans un restaurant à Pétionville. Il voulait faire le point avec moi. La discussion tourna vite sur les projets de chacun. René voulait proposer au Commissaire général une grande campagne de mobilisation chez les Scouts de France. Je lui fis part de mon expérience dans mon département et de la difficulté de faire le scoutisme en milieu rural. Il souligna que c’était justement un axe à travailler et que cela passerait par le recrutement et la formation de «cadres adultes » un peu comme un prolongement de la campagne précédente appelée : Energies nouvelles. Faisant l’association avec le nom d’une coopérative de ma région, je suggérai «Terres nouvelles ». Je le remerciai pour le dîner et je lui donnai rendez-vous pour le lendemain car nous devions passer à Bois Boni avec Maurice avant que je le reconduise à l’aéroport.

         Le lendemain, je passais donc au Bureau des VP en début d’après-midi où j’avais rendez-vous avec René et Maurice. Ils semblaient impatients de visiter le projet. Ils furent surpris par la route et la piste empruntées. Maurice ne pensait pas en arrivant à proximité de Bois Boni qu’il existait un tel coin désertique si près de Port-au-Prince. Il apprécia la visite et mes explications sur l’avancement du projet. Après m’avoir écouté il me posa la question suivante :

         – Pourquoi n’habites-tu pas sur place ?

         – Il faudrait que je puisse construire un logement, lui répondis-je, à moins que tu préfères que j’habite sous tente !

         Maurice ne releva pas la plaisanterie, mais il sembla réfléchir. Puis il expliqua du même coup à René qu’il attachait beaucoup d’importance à ce que le volontaire soit le plus proche possible de la communauté avec lequel il devait travailler. René approuva.

         – Combien cela coûterait–il de construire un       logement ? Me demanda-t-il.

         – Difficile de dire cela, répondis-je, mais je pense avec moins de 5000$ , nous pourrions pourrait faire quelque chose de correct.

         – Combien payes tu de loyer actuellement ?

         – 200$ par mois et 50$ de charge.

         – Bon je t’alloue 2 ans de loyer, soit $4’800 pour construire la maison puisque de toute façon, il y aura un volontaire pour te remplacer.

         Je réfléchis quelques instants. Je me plaisais bien à cet endroit et le projet ne me faisait pas peur.

         – C’est d’accord, l’idée me va bien ! Et quand est-ce que je pourrais commencer ?

         – Dès tu m’auras soumis le plan et le devis.

            Pendant que nous poursuivions la visite, je projetais déjà dans ma tête les plans de la future « kay » du volontaire puis je raccompagnais René à l’aéroport. J’avais de nouveaux challenges pour l’année qui se présentait et je pensais déjà qu’elle passerait bien vite