Rien n’est plus insondable
que le système de motivations
derrière nos actions.
G.C. Lichtenberg (Le miroir de l’âme,
trad. Charles Le Blanc, p.296, Éd. José Corti, 1997)

 

16 –   Jacmel

         J’avais donné rendez-vous à Gabriel à Ti-Place Cazeau de bonne heure car nous étions attendus à Jacmel dans la matinée. Avec le véritable lancement du projet de Bois Boni, il avait accepté le poste de gardien-gérant proposé par Gérard-Marie. J’avais auparavant fait sa connaissance en début d’année lors de la visite du projet poulailler à Domond où Gabriel était le commissaire de district scout.

construction du premier bâtiment  de Bois Boni 1986

Terrassement pour la construction du premier bâtiment de Bois Boni

Il campait depuis quelques jours sur le site de Bois Boni où la construction du premier bâtiment avait été entreprise.

         Les premières lueurs de l’aube naissante se dessinaient au-dessus des montages du Trou d’Eau, dominant la Plaine du Cul-de-Sac. La ville de Port-au-Prince commençait juste à s’animer quand je pris la piste pour Ti–Place Cazeau. Je roulais à vitesse modérée pour éviter de soulever trop de poussière. Cela n’empêcha pas Gabriel de reconnaître de loin, l’arrivée de la Lada. Il me fit un signe de la main. Je m’arrêtais pour le laisser monter et nous repartîmes vers Port–au-Prince pour nous rendre ensuite à Jacmel.

         – As-tu déjà été à Jacmel ? Demanda Gabriel

         – Oui, plusieurs fois, j’ai un ami coopérant qui travaille là-bas. J’y suis allé aussi début janvier pour rencontrer les responsables du Centre de Formation du Tuff à la Vallée de Jacmel où nous nous rendons pour ce stage. Puis, une autre fois, j’y suis retourné avec Maxeau pour animer un stage de pré-titularisation à Bainet.

         –   C’est où Bainet ?

         – C’est un petit village vraiment inaccessible qui donne sur la mer des Caraïbes ! Une vraie expédition pour y arriver. Pour y aller, nous avions mis plus de deux heures depuis la Vallée de Jacmel. La piste de montagne était étroite, sans être trop dangereuse. Je me souviens que nous sommes arrivés en fin d’après-midi un samedi et que le paysage en descendant vers la mer était superbe ! Tu vois, là-bas, les mornes sont cultivés et relativement boisés car le commerce du charbon de bois y est difficile. Aussi les lumières jaunes orangées du soleil couchant sur les ondes de végétation vertes donnaient des couleurs pastel magnifiques à ce paysage avec en fond : la mer des Caraïbes, un vrai paysage à peindre !

         Mais en arrivant, j’ai été déçu par cette petite ville qui semblait être sans animation. Nous avons eu l’impression d’oubli, d’abandon. Il y avait juste des artisans qui fabriquaient des chapeaux et autres objets de vannerie avec des feuilles de lataniers. Nous y étions juste allés chercher le commissaire de district car le stage avait lieu un peu plus haut, à Barreau, dans les collines surmontant la mer. La seule chose que l’on remarque de loin en quittant Bainet, c’est une superbe grande plage couverte de galets. Le commissaire de district m’a expliqué que Bainet voulait dire « baie » et « nette » car il n’y avait pas de récif.

         Gabriel écoutait en souriant.

         – Et vous aviez fait quoi à Barreau – Bainet ?

         – Un cours de pré-titularisation! Il avait lieu dans un joli bâtiment construit par les habitants, et servant également d’église. Il paraît que le curé n’y vient pas souvent ! Mais la communauté locale s’organise pour faire une célébration chaque dimanche. J’ai été impressionné par le dynamisme de cette communauté, comme par le groupe scout d’ailleurs ! L’église est située sur un morne et domine la mer. À l’intérieur, contre les deux murs, il y a des tableaux sans couleurs. « C’est pour l’école ! » – m’a expliqué un habitant très fier – le bâtiment accueille 150 élèves divisés en quatre classes !

         Je m’arrêtais de parler et je replongeais dans mes souvenirs. Plusieurs fois, l’occasion m’avait été offerte de visiter de telles écoles où les classes étaient juste séparées par ces tableaux servant de cloisons. Le bruit était important et je m’étais demandé   comment les élèves pouvaient se concentrer pour apprendre. Les maîtres étaient vigilants, certes, mais d’un de niveau de formation souvent faible. Ils reproduisaient les méthodes qu’ils avaient eux-mêmes subi étant élèves : mémorisation et répétition. Ces écoles         « presbytérales » qui dépendaient directement du curé de paroisse étaient parmi les plus démunies tant en ressources humaines que matérielles. Les maîtres recevaient un salaire mensuel équivalent à quarante dollars – quand celui-ci leur était versé.

         Pris dans mes réflexions, nous venions de traverser Carrefour sans trop de difficultés. Il y avait moins de véhicules dans ce sens que dans celui qui se dirigeait vers le centre de Port-au-Prince. La route vers Léogane était dégagée et nous arrivions à Carrefour-Dufort où je prenais à gauche une route asphaltée qui semblait en bon état.

         – C’est la route de l’Amitié !

         – Pourquoi porte-t-elle ce nom ? Demanda Gabriel.

         – Parce qu’elle est le fruit d’une collaboration franco-haïtienne. Il paraît que le Président français Giscard d’Estaing était venu l’inaugurer.

         Peu après, la route s’engageait en lacets dans la montagne. Elle suivait ensuite la ligne de crête de la petite chaîne de mornes. Le paysage en ce début de journée était de toute beauté. Les vallées étaient encore plongées dans des nappes de brume qui changeait de couleur et de densité au fur et à mesure que les premiers rayons de soleil les atteignaient. Au bout d’une quarantaine de kilomètres et des innombrables virages, nous apercevions le bourg de Jacmel dans le contrebas. La ville s’étendait dans une courte plaine qui se prolongeait jusqu’à la mer. Bornée à l’Ouest par une rivière, elle se déployait, tel un amphithéâtre coloré, le long de rues étroites et pentues. J’avais beaucoup aimé cette ville la première fois que j’y étais venu. Elle apparaissait un peu comme une ville voulant cultiver la nostalgie de ce début de siècle où un steamer européen mouillait mensuellement dans sa baie, où chaque maison recelait un poète. Le quartier de bord de mer était composé d’entrepôts et de magasins marquant le temps où elle était un ancien comptoir de Saint-Domingue. Les volontaires avec qui j’étais venu passer un week-end m’avaient fait découvrir différents artisans travaillant dans ces anciens entrepôts. Nous avions aimé nous retrouver en soirée au bar-restaurant Yaquimo donnant sur la baie. Un vieux bateau échoué dans la baie, l’Albano,  semblait faire partie du décor. Il y avait aussi le marché au centre de la ville, nouvel exemple de ces constructions métalliques en vogue à la fin du XIXe siècle. Avec ses piliers de fonte, son toit de tuile et ses tourelles qui abritaient les marchandes la nuit, il était l’un des édifices emblématiques de la ville.

         Après avoir franchi le deuxième pont sur la route principale, nous quittions celle-ci pour franchir à gué la rivière de Jacmel et prendre la piste qui se trouvait de l’autre côté. La Lada gravit ensuite les premiers lacets de la montagne dominant la ville. Au début de la montée, jusqu’à Lavaneau, au gré des villages, nous dominions la plaine que nous avions quittée. La vue était magnifique et Gabriel contemplait avec plaisir ce coin de son pays qu’il ne connaissait pas. Par la suite, la piste se rétrécissait, tout en restant carrossable. Nous croisions de nombreux paysans dont les maisons étaient construites en contrebas de la piste. Sur le bord de la piste, des dispensaires et des écoles récemment repeintes indiquaient l’intensité de la vie communautaire. Au bout d’une heure nous arrivions à La Vallée, bourg de montagne aux maisons coquettes, perché à 800m d’altitude, centre de culture caféier et qui était également un ancien lieu de villégiature des colons français. Je savais où se trouvait le Centre de formation du Tuff, projet financé par la C.E.E. Nous fûmes accueillis par l’agronome responsable du centre. Les autres stagiaires étaient déjà arrivés. Je proposais donc de commencer le stage après que chacun prit le temps d’installer son sac sur un des lits des petits dortoirs installés dans un des bâtiments.

         Les premières sessions se déroulèrent dans une pièce ressemblant un peu à une salle de classe. L’agronome introduisit le stage et il demanda à chacun de se présenter. Je le laissais s’occuper du contenu du stage, comme entendu. Je devais juste m’occuper d’animer le groupe. Il proposa d’expliquer en cette fin de matinée l’habitat des lapins puis nous irions visiter l’élevage du centre avant le déjeuner. Comme des bons écoliers, les stagiaires prirent leur cahier et leur stylo et commencèrent à écrire les consignes que l’agronome recopiait méthodiquement sur le tableau.

«     – Vous devez commencer par construire tout de suite un clapier bien adapté, vous vous économiserez des tracas pour plus tard. Il faut que les lapins soient également à l’abri du vent, de la pluie et du soleil. L’habitat du lapin doit être bien tranquille (à l’abri des chiens, rats, serpents, fourmis ou bruits d’enfants). Sous notre climat chaud, il est conseillé que le clapier ait 4 côtés entièrement ou partiellement en treillis ou tout autre matériel aéré. Vous utiliserez un toit « toute-saison » avec un avant-toit suffisant… »

         Pendant qu’il poursuivait son exposé sur le clapier en effectuant un croquis sur le tableau, je pensais tout de suite que je devrais trouver un petit financement pour les matériaux que les groupes scouts ne trouveraient pas localement et ceci, pour chacun des projets.

«     –   Pour votre premier élevage scout de lapins, il est recommandé d’avoir un clapier de 3 cases ; un mâle et deux femelles. Les jeunes sont laissés à la mère jusqu’au sevrage. Pour les lapins que l’on trouve dans notre pays, qui sont de race moyenne, la case sera large d’environ 80cm, profonde d’un mètre et haute de 60cm. Si vous avez la place, la case peut mesurer 1,20mètre en largeur et – pour faciliter le nettoyage – 70 cm seulement en profondeur. Je vous fais un schéma d’un clapier dont le sol est « autonettoyant » afin d’éviter la prolifération de maladies. »

         L’agronome fignola ses croquis sur le tableau. J’en profitai pour faire un calcul du coût des matériaux nécessaires pour le démarrage d’un élevage.

« – Il faut que vous puissiez accéder facilement aux cases pour les nettoyer, et aux boîtes à nids pour en prendre soin. Vous pouvez mettre une porte de devant à charnière qui s’ouvre vers l’intérieur de la cage (charnières en cuir, caoutchouc, chaîne ou métal) ou une toiture rabattable. »

         L’agronome poursuivait sur les installations complémentaires pour la nourriture, l’eau, le sel et les petits pour que le clapier soit complet. La description d’un abreuvoir automatique, fait d’une bouteille renversée au-dessus d’une boîte de conserve, détendit l’atmosphère jusqu’à présent très studieuse, car les stagiaires firent des plaisanteries sur le type de bouteille à utiliser et sur leur dévouement à en vider le contenu dans le cas d’une bouteille de rhum Barbancourt. L’agronome reprit la plaisanterie en insistant que l’eau fraîche et propre est vitale pour le lapin , comme pour l’homme an même titre que n’importe quel autre élément de la ration.

« Faites en sorte qu’elle soit toujours à disposition. Les lapins ont besoin de grandes quantités d’eau. Une lapine et ses petits boivent environ 4 litres d’eau toutes les 24 heures ! »

         Il poursuivit ensuite sur la « Boîte à nid », endroit dont a besoin la lapine pour mettre bas, lui donnant un sentiment de sécurité. S’adaptant à son public, il montra comment les scouts pouvaient la confectionner à partir de matériaux de récupérations.

         La visite qui suivit intéressa vivement les stagiaires et les langues se délièrent pendant le repas qui fut pris dans le réfectoire. Pendant la session sur le thème : « Comment nourrir les lapins ? »   les participants semblaient moins intéressés ou moins attentifs. Peut-être le temps laissé pour la sieste n’avait pas été suffisant ! L’agronome précisa que les lapins ne sont pas difficiles à nourrir car ils peuvent se contenter de plantes et d’autres aliments faciles à trouver. Ils ont besoin de suffisamment de vitamines, de sels minéraux et de celluloses. L’agronome insista sur le fait que les lapines qui sont gardées pour la reproduction doivent être nourries avec un soin particulier afin qu’elles donnent naissance à des lapereaux sains et qu’elles aient assez de lait pour allaiter. Le sel est également vital et le bloc de sel doit être mis dans un récipient afin de na pas salir le fond du clapier. Il fit ensuite une énumération de règles pour la bonne alimentation du lapin.

         À la fin de l’exposé, j’observais que des stagiaires piquaient sérieusement du nez sur leur cahier. Je devais trouver une solution pour réveiller leur attention.

         J’interpellais l’agronome pour passer à des travaux pratiques, en particulier de participer à la préparation du lapin qui devait faire le menu du soir. L’agronome approuva l’initiative et le groupe de stagiaires retrouva son animation. Nous nous rendîmes vers le clapier où l’un des lapins devait être sacrifié pour la bonne cause. Il demanda s’ils avaient déjà saisi, tué et mangé du lapin. Devant le manque de réponses, à l’exception de Gabriel, il commença par expliquer comment il fallait prendre un lapin ou un lapereau. Il ouvrit un clapier et montra comment soulever ou porter les lapereaux en les tenant entre les hanches et les côtés avec la paume de la main vers la queue, la tête étant en bas, vers le sol. Puis il ouvrit celui d’un lapin adulte et l’attrapa d’un geste vif :

« – Servez-vous toujours de vos deux mains pour porter un lapin adulte. D’une main, tenez-le par la peau du dos, au-dessous des épaules, de l’autre soulevez-le sous la croupe. »

         – Et si on le prenait par les oreilles ? dit l’un des stagiaires incrédules

         – Le lapin apprécie presque autant que vous d’être soulevé par les oreilles !!

         Il s’ensuivit un chahut, certains essayant de soulever le coupable par les oreilles et celui-ci courut en se les protégeant avec les mains. Ils le rappelèrent en lui promettant que ce ne serait pas lui le dîner du soir, d’ailleurs il n’était pas assez gras. L’agronome qui avait fini par en attraper un leur demanda un peu d’attention pour la suite.

«  Les lapins sont plus faciles à tuer et à nettoyer que tous les autres animaux de ferme. Avec de l’expérience, vous pouvez mener à bien ces deux opérations en deux ou trois minutes. Il vous faut tuer le lapin rapidement et sans le faire souffrir. »

         Il confia le lapin à Gabriel qui semblait être le stagiaire le plus expérimenté pour mener l’opération. Il lui donna les instructions :

«  Tiens le par les pattes de derrière, la tête en bas. En quelques secondes il va s’arrêter de se débattre et pendra tranquillement. Avec le tranchant de la main, donne un coup violent sur le bas de la nuque du lapin. »

         Gabriel exécuta les instructions sans hésitation si bien qu’effectivement le lapin ne semblait pas avoir souffert. Il eut droit aux applaudissements du groupe.

«  Nous allons maintenant suspendre le lapin mort par les deux pattes arrières sur le panneau que voici, indiqua L’agronome. Nous allons ensuite immédiatement couper la tête et saigner le lapin. »

         Il prit le couteau et poursuivit sa démonstration tout en les commentant :

« Vous enlevez la queue et les pieds antérieurs….puis vous coupez la peau des pattes attachées juste au-dessus du jarret, tout autour de la patte et étendez l’incision à l’intérieur de la patte….. jusqu’au début de la queue…..même chose de l’autre côté….vous séparez soigneusement les bords de la peau du corps en pelant la peau vers le bas par-dessus l’animal et en l’éloignant du corps. Il faut laisser la graisse sur l’animal….Une peau propre , sans graisse , est plus facile à sécher, plus ferme et plus belle. Maintenant que la peau est enlevée, on va la mettre sur une forme et la suspendre pour la faire sécher. »

         Il montra le fer à béton qui avait été cintré. Il plaça la peau du lapin, tendue côté interne vers l’extérieur.

«  Elle peut-être stockée plusieurs mois avant d’être tannée. »

Il retourna ensuite vers le panneau où était accroché le lapin.

« À l’aide d’un couteau, ouvrez le ventre, en commençant au niveau de la à la queue, mais ne coupez pas les intestins. Enlevez tout ce qui se trouve à l’intérieur, sauf les reins, le foie et le cœur. Ne laissez pas de poils sur la carcasse car ils sont ensuite très difficiles à enlever. »

         Une fois terminé, il confia de nouveau le lapin prêt à être cuisiné à Gabriel en le chargeant de rincer le corps à l’eau froide et de le donner ensuite aux cuisinières. Avant que le groupe se sépare, je formais des équipes et je donnais les instructions pour cette fin de journée. Je demandais à chaque équipe de préparer une « piécette » sur le thème : « Comment convaincre le groupe scout et la communauté à élever des lapins pour fournir une alimentation saine et agréable aux familles et créer un petit revenu pour le groupe scout ? ». Une fois le groupe dispersé, j’expliquais à l’agronome que c’était la meilleure manière d’évaluer les acquits de la journée et je l’invitai à se joindre à nous pour la veillée.

         Les stagiaires apprécièrent le dîner et ils félicitèrent les cuisinières. Il y eut quelques plaisanteries. Certains dirent que cela avait le goût de rat, d’autres de chat ! L’agronome qui discutait avec moi interrompit le débat pour leur dire de faire attention aux propos qu’ils rapporteront dans leurs communautés. S’ils disaient que le lapin, c’est comme le rat, il n’y a pas peu de chance que les habitants acceptent d’en manger et cela compromettra la réussite de leur projet.

         La veillée fut à la hauteur. J’évaluai ainsi, par les piécettes jouées par les stagiaires, les connaissances acquises dans la journée. Je comprenais du même coup la problématique des hommes dans la gestion des repas quotidiens de la famille, ce qui n’était sûrement pas qu’un problème lié au pays.

         Le lendemain matin était consacré à deux autres sessions : la reproduction et la santé du lapin. Autant les stagiaires furent très intéressés par la première partie, posèrent de nombreuses questions et dirent également des plaisanteries, autant je les sentis perdus et moins attentifs quand l’agronome fit l’énumération en détail des différentes maladies du lapin. Il comprit bien la situation et insista donc, dans sa conclusion en fin de matinée, qu’une bonne alimentation et hygiène sont les meilleurs moyens de prévenir la maladie chez le lapin. Un dernier repas fut pris en commun et les départs s’échelonnèrent dans l’après-midi pour permettre à chacun de prendre un transport à temps. Je prenais le temps avec chacun des stagiaires, avant leur départ, de faire le point exact sur leur projet de manière à pouvoir les aider dans leurs démarches, les aider à trouver une aide financière, et effectuer le suivi.

         En fin d’après-midi, je remerciais l’équipe de centre de formation et j’invitais Gabriel à regagner Port-au-Prince. Gabriel se sentait bien dans son nouveau rôle de gérant de la ferme école mais aussi de formateur et il m’exprima son enthousiasme et son désir d’un avancement rapidement des travaux pour la mise en place notre propre centre de formation.

         J’avais un petit pincement au cœur car j’aurais bien voulu continuer à tout maîtriser par moi-même, mais je savais que mon rôle était justement de préparer à ce que le projet soit autonome, mené et géré par les Haïtiens eux-mêmes. Je n’étais qu’en appui technique pour une durée donnée. La réussite de ma mission passait par celle de la mise en place de Gabriel sur Bois Boni. En tout cas, un des résultats non prévus de ce stage, était de l’avoir motivé, par lui-même, dans sa nouvelle fonction.